À épopée exceptionnelle, femme hors du commun

La projection du film « Antarctique », qui retrace l’incroyable épopée de l’aventurière française Laurence de la Ferrière au Pôle Sud, fin 1999-début 2000, a profondément marqué la salle, très impressionnée et admirative du courage de cette femme, la seule au monde à avoir effectué une telle traversée. Invitée d’honneur de cette septième édition, l’exploratrice a apporté son témoignage sur cette odyssée hors du commun et partagé sa vision du changement de cap. En toute simplicité.

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Elle se définit comme une femme libre, avec son libre arbitre. Pour Laurence de la Ferrière, « il n’a jamais été question d’abandonner, même dans les moments de désespoir, que j’ai exprimé avec violence pour m’en libérer. Il me fallait faire preuve d’une grande ténacité. Je voulais me remettre en question dans un endroit où personne ne pouvait interférer avec moi, pour apprendre à me connaître, sans être influencée. » D’où l’idée de faire cette traversée de l’Antarctique, mue aussi par une immense curiosité : qu’y avait-il derrière ? Et encore derrière ? Comme elle l’a souligné, « le potentiel d’un être humain n’est pas limité, si ce n’est par la mort ».

Un animal de l’Antarctique

Interrogée justement sur la peur de mourir, l’aventurière, qui a fêté ses 60 ans cette année, a expliqué que la force venait de l’esprit. « C’est une maîtrise qu’on acquiert petit à petit, un équilibre à trouver entre apprentissage, entraînement et confiance en soi. Je me suis interdit de penser à des choses négatives pendant l’expédition. J’ai bien sûr senti le danger de mort, mais rien ne devait m’affaiblir. Je ne m’autorisais à penser à mes deux filles que quand tout allait bien ! »

Le film a notamment permis de constater l’extrême rigueur des conditions climatiques. Dans ce cadre, comment maintenir le cap ? « Sur soixante-treize jours d’expédition, j’en ai eu soixante de non-visibilité. C’était comme si je rentrais dans un mur ! Pour parer à cela, d’autres sens se développent. On engage avec soi un discours très intime, on fait un voyage intérieur autant qu’extérieur. C’est très violent d’être en solitaire, on prend tout en pleine face, le froid, le poids du traîneau (150 kg), difficile à faire glisser sur la neige abrasive. Les deux à trois premières semaines sont un test, puis l’univers devient complètement familier. On se mue ainsi en animal de l’Antarctique. Le retour est presque plus difficile ! »

7 000 calories par jour

S’étonnant d’une telle capacité de résilience, l’une des participantes s’est interrogée : faut-il suivre un entraînement spécifique pour la pensée ? Laurence de la Ferrière a toujours été convaincue qu’elle saurait trouver elle-même les moyens d’y arriver. « Je n’ai donc pas voulu qu’on me conseille, sauf pour les aspects matériels bien sûr. J’ai décidé de me faire confiance. J’avais calé ma journée sur 24 heures même s’il faisait jour pendant de nombreuses heures. Chaque jour, je m’efforçais de progresser douze heures durant, puis j’installais mon camp, je cassais la glace et préparais le repas (6 000 à 7 000 kcal par jour !). Je repérais ensuite l’itinéraire, passais des appels et tenais mon journal de bord. Enfin je dormais environ six heures, dont seulement deux profondément. Le reste du temps, j’alternais entre une heure de sommeil, suivie d’une demi-heure de grelottements. Mais paradoxalement, ça réchauffe ! »

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Oser se faire confiance

En réussissant cet exploit, Laurence de la Ferrière est allée au bout d’une quête très personnelle. « J’en suis parfois nostalgique, mais c’est trop violent pour le corps, il faut savoir s’arrêter. » Alors après une telle aventure, que fait-on ? L’exploratrice a confié son sentiment d’incompréhension. Elle n’était pas sûre de comprendre les gens ni de se faire comprendre d’eux. Tout lui paraissait agressif. « Il m’a fallu une période de réadaptation presque aussi sérieuse que celle de l’entraînement avant le départ. Ce sont mes filles qui m’ont raccrochée à la vie. » Puis pendant treize mois, elle a pris la direction de la base antarctique Dumont d’Urville, forte de vingt-six personnes, qui restent sans contact avec l’extérieur neuf mois par an : « J’ai été un pilier d’ancrage. C’était passionnant ! » Femme de changements et de défis, Laurence a confié pour conclure cet échange passionnant avec la salle sa recette pour changer de cap : oser se faire confiance, à n’importe quel âge.

Consulter la suite du BIlan 2017 de la Journée « Le Manager de demain est une femme. Etes-vous prête ? » :

© Géraldine COUGET
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© Photos : Nelly Valais

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