Le parcours d’une combattante

Catherine Trauttman 1Catherine Trautmann incarne la violence souvent faite aux femmes qui s’engagent en politique

C’est pour défendre la cause des femmes que Catherine Traumann entre en politique en 1977. Avec Yvette Roudy, et d’autres, elle participe à la rédaction des Droits des Femmes. Un sujet qu’elle connaît bien puisqu’au cours de ses études de théologie à l’université de Strasbourg, elle a travaillé sur la misogynie dans les textes anciens. « Les clichés existent depuis des millénaires, la femme est infériorisée. »
Les réunions à la section du parti socialiste de Strasbourg sont parfois houleuses. Elle sourit : « un jour, j’ai pris un coup de chaise sur la tête ». Catherine finit par s’imposer, naturellement. La voilà secrétaire de section. Les élections approchent. Pierre Mauroy lui interdit de faire un meeting. Elle désobéit. « Les projecteurs dans les yeux, je ne voyais rien. Je me suis dit : je vais tomber comme dans un rêve. Puis, j’ai parlé…»

L’échec prépare l’avenir 

Elue conseillère municipale en 1983, elle se lance en 1986 dans la campagne des législatives. « A la place du mort » dit-elle. « Je ne voulais pas être élue, je souhaitais finir ma thèse. » Contre toute attente, elle est élue députée du Bas-Rhin. A l’Assemblée, on ricane : « Tiens, on ne l’attendait pas ! »
En mai 1988, Catherine Trautmann est secrétaire d’Etat chargée des Personnes âgées et des Handicapés. En juin, elle se plante aux législatives de 60 voix, ce qui l’oblige à quitter le gouvernement un mois après y être entrée. « Premier échec, lourd, personnel. Mais l’échec prépare l’avenir. »

Catherine Trauttman 2Un corps à corps 

En 1989, elle est tête de liste aux municipales. La campagne est tumultueuse. Les tracts la présentent avec une cible dans le dos. « J’étais la femme à abattre ». Pourtant, elle est élue première femme d’une ville de plus de 100.000 habitants. Sa victoire lui permet la réalisation du tramway qu’elle avait promis. Elle plaisante : « Une femme qui s’intéresse aux trains, c’est quand même louche. »
Pendant six ans, l’opposition, mais pas que, lui mène la vie dure. « J’étais de gauche et j’étais une femme. Un véritable corps à corps. J’ai appris à éviter les coups ».
1995 : Catherine Trautmann est élue maire de Strasbourg au premier tour. Deux ans plus tard, elle est nommée ministre de la Culture et de la Communication après avoir refusé la Justice. « La culture, c’est l’élément du lien social. » Elle quitte ses mandats locaux. « Je ne voulais pas être une cumularde ».
Le retour à Strasbourg pour les élections de 2001 sera difficile. Son camp est divisé. Des rumeurs ignobles se répandent en ville. « On disait par exemple que j’avais un amant turc. Pourquoi Turc ? C’était de la folie. J’ai même reçu un courrier de Turquie qui me félicitait pour mon mariage avec un Turc ! Cette campagne voulait dire que si j’étais élue je ne serais pas fidèle à la ville. »

Un facteur de progrès 

Catherine Trauttman 3La défaite est inéluctable. « Avoir des adversaires, c’est une chose. Le plus dur, c’est de constater que ceux qui vous accompagnent vont monter une cabale contre vous. Ils n’ont pas le courage de me le dire en face. » En 2008, elle sera réélue à la mairie et deviendra deuxième vice-présidente de la Communauté urbaine de Strasbourg.
Autre échec, celui des européennes de 2014. « Je ne dis pas ce qui s’est passé réellement. J’ai un contrat de loyauté. Je ne fonctionne pas à la revanche. »
La grande région Alsace-Lorraine-Champagne-Ardenne ? « C’est une chance car elle a le plus de frontières avec les pays étrangers. Une chance pour les transports. Mais quand il s’agira de savoir qui fait quoi, ce sera la castagne. »
La misogynie ? « Des régressions sont possibles. Je crains un retour en arrière. Les femmes sont sources de progrès, dans tous les domaines. Elles ont des choses à conquérir pour tout le monde. Les femmes ont un rôle intellectuel à jouer dans notre société. »

 © Article : Marcel GAY - Photos : L'oeil créatif