Ces salons féminins où l’on « cause » …

 

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Ces salons féminins où l’on « cause »
Du XVIIè au XXIè, une même ambition : faire évoluer la société.

Les Causeries d'EST'elles se veulent inspirées - en hommage à leurs aînées - par les premiers salons tenus par des femmes au XVIIème siècle dont la fécondité intellectuelle fut souvent raillée. Au-delà de la littérature, de véritables enjeux de société y ont à vrai dire également fait l’objet d’échanges passionnés. Du XVIIième au XXIième siècle, une même ambition anime en fait ces groupes de réflexion : faire évoluer la société…

Les salons littéraires du XVIIième,  « réunions de  beaux esprits » ont lieu dans les milieux mondains et lettrés. Les premiers salons littéraires se tiennent à Paris au XVIIe siècle, dans le Marais (rive droite de la Seine, près de l'actuel Hôtel de Ville et de la place des Vosges). La préciosité est un mouvement esthétique du XVIIème siècle initié par les femmes en grande partie. Lassées par le langage grossier de la cour d'Henri IV, certaines femmes entendent se donner les moyens d’ « élever l'esprit ». Ce mouvement s’inspire de la courtoisie du XIIe siècle ; l'amour courtois – cette  relation dans laquelle la femme est respectée – est aussi au-delà du fait littéraire, un code de relation définissant les relations entre amants en Europe occidentale, pendant le Moyen Âge. Eloquence, élégance, mœurs idéalisées,  sont autant d’ambitions visant à l’élévation de l'âme. Le salon par le droit de parole accordé aux femmes, leur donne par ailleurs un rôle social.

De véritables enjeux de société salons 6
Les précieuses revendiquent le droit de savoir, et le libre choix d'un mari, notamment. Elles contestent la supériorité masculine qui prévaut alors. Les plus audacieuses revendiquent le droit au mariage à l'essai, et le choix de ne pas passer leur vie à faire naître et à élever des enfants. Les hommes lorsque cultivés sont d’ailleurs les bienvenus dans ces salons. Un mouvement qui ne manque pas d’enrichir la vie intellectuelle et littéraire de l’époque, et fait réagir les artistes dont un des plus connus est Molière (1622-1673), via sa célèbre pièce : Les Précieuses Ridicules (1659). Une caricature révélatrice de l'inquiétude générale face à cette indépendance proclamée par les femmes.

Ces femmes célèbres qui nous inspirent

Le nom d’un certain nombre de femmes célèbres est attaché à des salons littéraires.

Ninon de Lenclos, (1626 – 1696) une femme libre  - Femme de lettres, elle tient  salon dès 1667 ; admirable musicienne, versée dans les sciences, maîtrisant, en plus du français, l'italien et l'espagnol, Ninon reçoit les beaux esprits lors de ses cinq à neuf journaliers. Une femme libre aussi célèbre pour ses nombreux amants que pour son esprit indépendant, qui s'entoure de penseurs brillants mais aussi de « femmes savantes», titre que Molière donnera à l’une de ses pièces en 1672.

Madame de Sévigné, (1626 – 1696) une  chroniqueuse de son temps – Elle reçoit une éducation riche, fondée essentiellement, comme c'était souvent le cas à l'époque pour les filles, sur les belles-lettres et l'étude des langues.  Veuve en 1651, mère de deux enfants, elle fréquente à Paris une société choisie, et décide de se consacrer exclusivement à sa vie mondaine, et à l'éducation de ses enfants. Dans la correspondance qu'elle adresse à sa fille, elle rédige une chronique de la cour et des salons parisiens.

Madeleine de Scudéry (1607 - 1701),  célibataire par conviction reçoit une éducation très solide ; elle  ouvre en 1657 son propre salon littéraire, rue de Beauce. Théoricienne de l'amour galant (cf.la Carte du Tendre), se prononce contre le mariage qu’elle considère comme une tyrannie - tente d'imaginer les relations entre hommes femmes d'une manière très moderne.  Elle publie sous le nom de son frère Georges, son roman le plus connu : Clélie, histoire romaine (1654-1660), bientôt un ouvrage de référence en matière de préciosité.

Madame de la Fayette (1634 - 1693) l’auteur  de la Princesse de Clèves. Demoiselle d'honneur de la reine mère Anne d'Autriche, familière des salons littéraires de la capitale, citée dans le Dictionnaire des précieuses (1660) de Somaize, elle publie, sous l'anonymat, la Princesse de Clèves, reçu comme le chef-d'œuvre du roman classique et pour le modèle du roman d'analyse psychologique.

Du XVIIè  à nos jours : le salon, une forme de « tremplin social »

Madame de Geoffrin (1699-1777). De naissance modeste, unie à un homme fortuné, elle tient salon deux fois semaine, recueille Voltaire (1694-1778) ou d'Alembert (1717-1783). De 1749 à 1777,  c’est l'un des salons les plus fréquentés de l’époque.

Madame de Staël (1766-1817), l'une des plus illustres intellectuelles de son époque, tient aussi un salon,  à la suite de sa mère, madame Necker (1739-1794). Ses considérations politiques et son souci de la condition féminine la font exiler par Napoléon.

Sophie de Condorcet (1764-1822), écrivaine féministe – tient le salon de l'Hôtel des Monnaies ; elle est soutenue par son mari, le marquis Nicolas de Condorcet. Au XIXe siècle, le salon littéraire devient de plus en plus un espace d’hommes qui se saisissent de cet lieu d’expression. A titre d’exemple, le salon de l'écrivain Rachilde (1860-1953), dans les bureaux du Mercure de France, fréquenté par des hommes : Oscar Wilde (1854-1900), Paul Verlaine (1844-1896), Pierre Louÿs (1870-1925), Joris-Karl Huysmans (1848-1907).

Nathalie Clifford Barney (1876-1972) tient salon fréquenté par Colette (1873-1954), Marguerite Yourcenar (1903-1987), Françoise Sagan (1935-2004).

Gertrude Stein (1874-1946), regroupe les grands noms de l'avant-garde, souvent masculins : Picasso (1881-1973), Ernest Hemingway (1899-1961), Zelda Sayre Fitzgerald (1900-1948).

Marguerite Duras (1914-1996) reçoit pendant un certain temps des résistants.

Simone de Beauvoir (1908-1986) et Jean-Paul Sartre (1905-1980) sont partie prenante des cafés philosophiques.

Coco Chanel (1883-1971) réunit dans des  soirées mondaines, des artistes. L'avènement des femmes sur le marché du travail et leur reconnaissance sociale progressive, même imparfaite, conduit petit à petit à la disparition des salons littéraires féminins.

Débattre de sujets actuels

Dans la lignée de ces femmes, l'ambition des Causeries, le « salon » d'EST'elles  Exécutives est de débattre de sujets actuels et de faire évoluer la société, et l’entreprise lors de ces  rencontres destinées aux femmes. Objectifs ? Partager compétences et expériences pour se donner de meilleures chances dans la vie professionnelle…

Marguerite Yourcenar lors de  son discours d’intronisation à l’Académie française déclarait faisant référence aux femmes qui avaient en quelque sorte, préparé le terrain : « Je suis tentée de m’effacer pour laisser passer leur ombre ». Les femmes d’Est’elles Executives ont décidé pour leur part, de s’appuyer sur leur mémoire, pour donner envie aux femmes du XXIè siècle d’aller de l’avant.

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© Michèle Larchez
Membre d'EST'elles