Laurence de la Ferrière

Laurence 2« Il est essentiel de cultiver sa liberté d’être »

L’exploratrice alpiniste et aventurière Laurence de la Ferrière, conquérante de l’Antarctique devant l’Éternel, sera l’une des invitées phares de la prochaine édition du « Manager de demain est une femme. Êtes-vous prêt(e)s ? », le 13 juin à Metz. L’occasion de l’interroger sur sa façon d’envisager le changement de cap. Interview.

Quelle est votre vision du « changement de cap » ? Et notamment pour une femme ?

Pour moi, cela s’illustre par un événement qui m’a profondément marquée, quand j’ai entamé ma seconde expédition en Antarctique. En quittant le Pôle Sud, j’ai fait confiance à mon seul instinct pour me diriger. Le premier soir, j’ai posé mon camp et allumé le GPS pour connaître la direction à prendre le lendemain. Or il m’a indiqué la direction inverse ! J’ai vécu un grand moment de désarroi et de déstabilisation. Dans une expédition de cet acabit, où la part d’inconnu est énorme, le GPS est le seul appareil auquel on puisse se fier a priori. Or il s’est avéré que quand il se trouve trop près du Pôle, donc du point zéro de la latitude et de la longitude, le GPS est incapable de calculer une direction. J’ai alors compris que le matériel, c’était bien, mais que la confiance en l’être humain et ses capacités était plus forte. La confiance en soi est le maître mot. S’il faut changer de cap, l’être humain ne doit pas s’inquiéter, mais mener sa propre réflexion et suivre son intuition. Les femmes semblent plus douées que les hommes dans ce domaine, leur instinct est en général plus développé, peut-être pour compenser une moindre force physique ? Elles semblent aussi appréhender le changement plus facilement.

Laurence 5Quelles qualités faut-il développer pour mener à bien un changement de cap ?

Il faut du courage, oser se lancer, favoriser la confiance en soi et se montrer tenace quoi qu’il arrive, aller au bout du mouvement. Cependant, le poids de la société et le regard des autres sont très restrictifs… Il me semble pourtant essentiel de cultiver sa liberté d’être, de se mettre en situation de découvrir des qualités dont on ignorait l’existence. Abattre les obstacles nécessite de l’énergie ; accepter de faire face aux difficultés (voire à l’impossible !) permet à terme de développer différentes facettes de sa personnalité. Après ma première expédition en Antarctique, la première jamais effectuée par une femme, mes sponsors souhaitaient que je reparte immédiatement. J’étais bien entendu d’accord et leur ai proposé la traversée intégrale de l’Antarctique sur un parcours que le Norvégien Borge Ousland venait de réussir, donc plus rassurant (enfin, si l’on veut !). Il m’avait en effet donné de précieuses informations. Mais la veille du départ, le financement a été annulé. C’était comme une claque, je ne m’y attendais pas du tout ! J’avais l’impression qu’on brisait mon élan. Mon abattement a duré deux jours… Au bout d’une semaine, j’ai « revu ma copie » et décidé de partir en territoire inconnu de tous : être le premier être humain à découvrir le chemin menant du Pôle Sud à la Terre Adélie. Si j’ai réussi cet exploit, c’est aussi grâce à cet obstacle que j’ai osé franchir. Le changement de cap est presque toujours déclenché par des événements plutôt négatifs. Au final, cela peut permettre d’accomplir quelque chose de beaucoup plus beau, plus grandiose que prévu. Il en naît une sorte de fracture qui apporte quelque chose de plus intéressant et d’exaltant qu’imaginé au départ. Il faut garder courage et confiance dans le fait que les événements s’organisent en fonction de sa manière d’être. Être à l’écoute de soi, des signes et de l’univers. Enfin aujourd’hui, le changement est inhérent à nos vies et il paraît donc indispensable de le considérer positivement.

Laurence 4Vous nous faites l’honneur de participer au « Manager de demain est une femme. Êtes-vous prêt(e)s ? ». Que pensez-vous des réseaux féminins ?

Quand j’étais plus jeune, je trouvais cela ennuyeux et quelque part, je n’avais pas vraiment l’impression d’avoir les mêmes préoccupations. Puis je me suis aperçue avec les années que cela créait beaucoup de complicité, du bien-être même. Aujourd’hui, je n’ai plus aucune envie de m’en priver ! Il me semble très intéressant de mettre en exergue les ressorts propres aux femmes. J’ai même fait partie à un moment de Femmes Forum, le réseau cofondé en 1984 par Éliane Victor, la veuve de Paul-Émile Victor. Aujourd’hui, j’interviens souvent au sein de réseaux de femmes entrepreneurs. C’est très enrichissant pour moi, car on me pose des questions de femme, ce qui me renvoie à une dimension passionnante. Et cela va dans les deux sens : les membres comprennent que je suis une femme comme elles et trouvent dans mon parcours des points communs avec le leur.

Vous ne connaissiez pas EST’elles Executive avant que nous vous sollicitions. Pourquoi avoir accepté notre invitation ?

Le contact avec Christine Mavon a été très sympa, dynamique ! Elle a fait preuve d’ouverture et de tant d’enthousiasme, adoptant une approche très éloignée des contacts institutionnels, que je ne pouvais pas refuser la sollicitation ! Je me retrouve complètement dans cet allant et me réjouis de communiquer le 13 juin dans ce sens-là. Je donnerai tout ce que je peux et je suis sûre que je recevrai beaucoup en retour. J’aimerais insister sur la prise de conscience de la liberté d’être et sur la confiance en soi, dans son entourage, ainsi que dans son orientation. La confiance est indispensable. Il faut le marteler encore et encore ! C’est elle qui permet de s’épanouir et d’aller dans des directions non envisagées. Il faut souvent échouer pour mieux réussir. Certes, c’est le garant d’un parcours souvent compliqué, mais on vit des moments incroyables et au final, cela vaut vraiment le coup.

 

 

Laurence de la Ferrière en quelques mots

Née au Maroc, Laurence de la Ferrière a découvert l’alpinisme vers l’âge de 20 ans. Après avoir gravi des sommets vertigineux dix ans durant, elle s’est attaquée aux immensités glacées du Groenland, de la Sibérie, et surtout de l’Antarctique, devenant d’abord la première femme à en faire la traversée en solitaire au Pôle Sud, puis le premier être humain à défricher des territoires restés jusque-là inexplorés (lire l’encadré) du continent blanc (du Pôle Sud à la Terre Adélie). Auteur de plusieurs films et vedette d’un documentaire, « Seule en Antarctique », retraçant son épopée incroyable, Laurence de la Ferrière met désormais sa connaissance des froids extrêmes et de la survie en milieu hostile au service des entreprises qui ambitionnent de dépasser leurs limites.

Pour en savoir plus : www.laurencedelaferriere.com

Florence petit

 

Quelques repères

1984 - Kangchenjunga (8505 m) et Annapurna (8091 m) - Tentative hivernale (Face Nord - Népal)

1985 - Nanga Parbat (8125 m)

1991- Sibérie Orientale - Exploration sur la banquise du détroit de Béring

1992 - Everest
- Record mondial féminin d’altitude sans oxygène à 8700 m (Face Sud - Népal)

1994 - Aconcagua (7012 m)

1995 - Groenland -
Traversée en autonomie totale et à la voile

1996/1997 - Antarctique
- Première traversée française en solitaire au Pôle Sud

1999/2000 - Antarctique
- Première traversée au monde en solitaire de l’Antarctique, du Pôle Sud à la Terre Adélie en passant par Dôme C. Seule femme au monde à avoir traversé intégralement l’Antarctique.

2006 - Grande traversée des Alpes,
de Puchberg (Autriche) à Menton (France) au bord de la mer



Nathalie GALAMPOIX

nath g« Quel que soit le domaine, je m’y consacre toujours à fond »

Dynamique et investie à 100 % dans tout ce qu’elle fait, Nathalie Galampoix, ancienne copilote des Causeries d’EST’elles Executive à Metz, a repris à l’été 2016 une pizzeria au Luxembourg. Portrait d’une entrepreneure aguerrie, déterminée à relever un nouveau défi.

Avant de tomber dans la marmite de l’entrepreneuriat, Nathalie Galampoix a connu un parcours réussi de salariée dans la location de voiture chez des loueurs de renom : « J'ai démarré en Lorraine comme commerciale, puis suis devenue commerciale grands comptes en Alsace, avant d’être promue chef des ventes à Paris et enfin directrice des ventes France. » C’est à cette époque qu’elle a attrapé le virus de la création d’entreprise, ouvrant en 2006 un petit établissement en banlieue parisienne, à la fois restaurant et épicerie italienne. « L'aventure a duré près de cinq ans, se rappelle-t-elle. Cela m’a appris à gérer les horaires, à me montrer vigilante en termes d’achats. La restauration est un secteur complexe, où il n’est pas évident de réussir. Cette expérience m’a donné en tout cas le goût de la retenter un jour ! » En attendant, l’envie de transmettre ses connaissances chevillée au corps, Nathalie a misé sur son expérience de plus de quinze ans de management pour créer une entreprise de formation à la vente et au management au Luxembourg.

Un planning très serré

Aujourd’hui, même si elle continue à donner des formations, Nathalie a décidé de relever un nouveau défi en reprenant en juillet 2016 à Luxembourg un petit commerce de restauration : « Planet Pizza avait le potentiel qui correspondait à mes attentes. C'est pour moi le retour à une activité que j'aime et qui est ancrée en moi. Mes parents ont eu des restaurants et j'ai grandi dans cette ambiance. Je crois bien que l’envie de faire comme eux ne m'a jamais lâchée ! » Pour le moment, c’est elle qui prépare les pizzas avec l’aide d’un autre employé. L’effectif s’élève à quatre temps pleins et un temps partiel. Pour Nathalie, qui travaille sept jours sur sept, le planning est compliqué : elle est aux fourneaux de 7 h 30 à minuit, car son établissement sert ses clients pour le déjeuner et le dîner. « Et je continue à donner des formations un jour par semaine, le lundi, seul jour de fermeture de Planet Pizza, car j’ai un contrat à l’année dans une entreprise luxembourgeoise. D’autres sessions de formation sont déjà prévues au premier semestre 2017, donc je ne sais pas encore comment je vais m’organiser. Mais je vais y arriver ! »

Nath GProduits locaux et de qualité

Outre un chef cuisinier, Andréa Romano, qui a pris ses fonctions le 1er décembre 2016, Nathalie a besoin d’embaucher une autre personne pour dégager du temps afin de développer son projet de ciblage des entreprises pour la livraison de repas : « J’ambitionne de proposer des plats à base de produits locaux et de qualité. Le chef cuisinier va refaire la carte dans cette optique. Il va également s’occuper de la gestion des fournisseurs, des stocks et des commandes, ce qui va me soulager dans mon planning. » Nathalie ne veut en effet surtout pas être un snack de quartier ! Elle a déjà supprimé la moitié des plats proposés sur la carte et éliminé un maximum de produits congelés, notamment le poulet et les hamburgers. Dans ce type d’activité, ce qui est difficile, c'est de prévoir le quotidien : « Dans la petite restauration, on cartonne une semaine et la suivante est plus calme. La gestion des stocks n'est pas toujours simple non plus. Surtout, pour que ça marche, il faut que toute la famille adhère au projet et le soutienne. À la maison, tout est une question d'organisation pour la préparation des plats, la gestion des devoirs, etc. J’essaye aussi de toujours trouver du temps pour discuter avec mes enfants, deux grands ados qui peuvent m’attendre le soir ou viennent m’aider parfois à la boutique. »

Tout donner

Avec un tel emploi du temps, Nathalie ne peut plus être aussi investie qu’avant dans l’animation d’EST’elles Executive. Longtemps copilote des Causeries messines, elle a accompagné avec toute la générosité qui la caractérise ses camarades de l’antenne luxembourgeoise lors du lancement en avril 2016 : « Je leur ai fait profiter de mon expérience, les ai aidées à développer le réseau et leur ai donné des conseils au démarrage. » Mais aujourd’hui, tout tourne autour de son nouveau
« bébé » : « J'aime travailler, me surpasser et me mettre au défi en permanence. Lorsque je démarre une aventure, cela demande beaucoup d'investissement en termes d’horaires, jusqu'à ce que la qualité que je cible commence à se dessiner. Je vise évidemment toujours le meilleur, et que ce soit dans le commerce ou la formation, je suis toujours à fond. Je n’ai pas besoin d’autre chose aujourd’hui, car je suis totalement investie dans ce projet et la stratégie de développement me prend tout mon temps. Il faut en effet tout donner, au moins pendant la première année, sinon ça ne peut pas marcher ! »

© Géraldine COUGET
EST'elles Executive
© Photos : à gauche Patricia Franchino ; à droite Nelly Valais

Anne SCHNELL

Anne1De salariée d’EDF à créatrice d’une maison de couture

En créant et en développant avec succès à Nancy sa propre maison de couture dédiée aux robes de mariée, Anne Schnell donne au made in Lorraine une touche d’élégance et de grâce. Portrait d’une entrepreneure attachante et déterminée, qui ose le développement international.

La couture, c’est sa passion… dont elle n’a fait son métier qu’à 40 ans : « Ma mère cousait beaucoup et depuis l’âge de 10 ans, j’ai toujours été en contact avec une machine à coudre. Je suis très manuelle ! Pourtant, je n’ai pas passé de diplôme de couture. Mes parents m’ont plutôt encouragée à poursuivre des études plus traditionnelles au-delà du bac. Je suis ensuite entrée chez EDF où j’ai travaillé pendant une bonne quinzaine d’années. » Parallèlement, Anne a mis au monde deux enfants. Ce qui ne suffisait pas à son bonheur : avec son mari, Philippe, ils en souhaitaient ardemment un troisième. « Notre cadeau du Ciel est arrivé en 2001, dix ans après la naissance du premier, dit-elle dans un sourire. J’en ai profité pour demander un congé parental, ce qui m’a permis de coudre de plus en plus. C’est vraiment devenu ma passion. » Pourquoi ne pas en faire son métier ? Soutenue à 100 % par Philippe, elle s’est renseignée, a saisi les opportunités et participé à des forums dédiés à la création d’entreprise : « À l’issue de mon congé parental, c’était décidé : je ne reprendrais pas mon poste salarié ! J’ai démissionné et me suis mise à mon compte en tant que couturière. »

Le réseau, accélérateur de développement

Anne2Au début, Anne a démarré modestement, installant son atelier à domicile et se rendant chez ses clientes munie de sa précieuse machine à coudre. L’une d’elles lui a un jour parlé d’un local à louer. La couturière a saisi la balle au bond : « Au bout de deux ans, j’ai embauché ma première salariée, Mylène, qui est aujourd’hui chef d’atelier. En mars 2004, CréAnne, ma propre maison de couture, est devenue réalité. Le bouche-à-oreille a fait son œuvre et notre activité s’est bien développée. Philippe m’a beaucoup aidée aussi, car c’est un grand communicant, qui a mis ses réseaux physiques, puis sociaux, dans la boucle. Il m’a aussi encouragée à participer à des concours . Rapidement, Mylène et moi nous sommes senties à l’étroit et il a fallu déménager. » Depuis 2008, Anne et son équipe occupent un bel atelier à Villers-lès-Nancy. Pour l’acquérir, l'entrepreneure est passée devant une commission pour décrocher un prêt à taux zéro. Pari gagné.

Technicité et création d’emploi

Si CréAnne s’est spécialisée dans la confection de robes de mariée, cela n’a pas toujours été le cas. « Les premières demandes ont été faites un ou deux ans après mon installation, se souvient Anne. Mylène est diplômée des métiers d’art et a travaillé dans l’univers des costumes de scène et de théâtre. Je l’avoue, j’adore les robes de princesse ! La création de ces tenues est donc venue naturellement, remplaçant progressivement la confection plus classique. » Pourtant, juste avant le déclenchement de la crise économique, notre artiste a souhaité assurer ses arrières en ouvrant un service de retouches : « Au bout d’un an, j’ai remarqué que la demande de belles pièces augmentait. J’ai donc décidé de me concentrer uniquement sur les robes de mariée. » Un excellent calcul ! Quel est le secret d’Anne ? Ne surtout pas déguiser sa cliente en mariée, qui doit au contraire se sentir à l’aise et être reconnue par ses proches. « Pour répondre aux besoins très particuliers d’une future mariée, qui veut “la” robe pour le plus beau jour de sa vie, il faut l’écouter, essayer de cerner sa personnalité, sans oublier le savoir-faire et une haute technicité, explique-t-elle. C’est aussi un travail d’équipe. Avec mes quatre employées, nous échangeons en permanence. Enfin, il y a une forte part d’émotion : les larmes des clientes ou de leurs parents sont contagieuses. On pleure tout le temps chez CréAnne ! »

Anne3Objectif : l’international

Dans un univers très concurrentiel, Anne Schnell a réussi à tirer son épingle du jeu. Pour continuer à développer sa clientèle, elle communique beaucoup, participe à des défilés et des salons, investit dans des manifestations parfois onéreuses, se perfectionne techniquement. Toujours en proie au doute, elle ne se repose jamais sur ses lauriers. « Je ne travaille pas à échelle égale avec les chaînes, qui ont des techniques de vente très différentes des miennes, souligne-t-elle. Je tiens à ce que notre production reste essentiellement française et je sensibilise aussi mes partenaires (wedding planners, etc.) à cela. Notre but est de toujours proposer une qualité parfaite pour que nos clients en parlent ensuite autour d’eux. » Pour 2016, la créatrice ambitionne de développer la distribution en Lorraine, voire dans l’Hexagone, des tenues de la toute première collection de CréAnne. Des robes au charme unique et intemporel, quasi de luxe, mais à un prix abordable. Elle envisage même à terme une expansion à l’étranger, au Liban ou en Russie. Le réseautage EST’elles Executive lui a permis d’habiller sa première mariée russe dans une robe qui portait, par hasard, le prénom de sa mère, Tatiana, avec mise en scène devant un château en Lorraine et même la place Rouge à Moscou. The sky’s the limit…

© Géraldine COUGET
Equipe de rédaction EST'elles 

Florence LEGROS

Florence LegrosUne femme d’exception aux commandes d'ICN Business School

Affable, directe, chaleureuse, Florence Legros, la nouvelle Directrice Générale d'ICN, me reçoit dans son bureau du quatrième étage du pôle de Gestion en cette froide matinée d’octobre.
À 55 ans, elle a été choisie pour succéder à Jérôme Caby à la tête d'ICN et devient l’une des rares femmes à piloter une Grande École en France.

Un parcours brillant, multiple et reconnu

Florence Legros, titulaire d’un doctorat et HDR (Habilitation à Diriger des Recherches) en sciences économiques, agrégée de l’Université, spécialiste des retraites, de l’assurance et des finances, a un parcours très diversifié. Elle a démarré sa carrière d’économiste à la Caisse des Dépôts et Consignations, avant d’être nommée directrice des études à la direction des retraites. Florence Legros est devenue professeur des universités (Paris Dauphine), « par hasard et défi » : on lui a refusé de devenir maître de conférences par le système de qualification, ce qui l’a poussée à passer l’agrégation, suite à laquelle elle a été nommée professeur à l’université de Perpignan. Recteur de l’Académie de Dijon, chancelière de l’université de Bourgogne, membre de la Commission économique de la nation (de 2007 à 2015), du Conseil scientifique de l’observatoire de l’épargne européenne, ainsi que du Conseil d’orientation des retraites de 2000 à 2004, elle fait également partie du conseil scientifique de l'ACPR (Autorité de contrôle prudentiel et de résolution) et du Cercle de l'épargne. Enfin, elle a siégé au conseil d'administration de l'AERES jusqu’en décembre 2014 (future HCERES : haut conseil à l'évaluation de la recherche et de l'enseignement supérieur) (source : Wikipédia).
Ses multiples actions ont été reconnues : Florence Legros, — qui n’en fera que très partiellement et pudiquement état lors de notre entretien — est Chevalier de la Légion d’honneur, Chevalier de l’ordre national du Mérite, Commandeur des Palmes académiques et… Chevalier du Tastevin.

Une expertise au rayonnement international

Spécialiste des systèmes de retraite, les travaux de Florence Legros s’intéressent à la macroéconomie, à la finance, à l’assurance et à la démographie. Sur ces thèmes, elle intervient comme consultante auprès d’institutions internationales. Elle a ainsi été directrice adjointe du programme AIM sur l’adéquation des pensions en Europe, financé par la Commission européenne (sixième PCRD), et réalisé par le consortium ENEPRI, qu’elle a participé à lancer alors qu’elle était directeur adjoint du CEPII (Centre d'études prospectives et d'informations internationales) de 2000 à 2003. Elle effectue régulièrement des actions de formation et de conseil à l’étranger, en Afrique francophone et en Chine notamment.
Elle est aussi « Associate senior research fellow » au CEPS (Centre for European Policy Studies) à Bruxelles.
Elle écrit des articles sur ces thèmes sur Atlantico.fr, un site d’information, et dans l’Agefi, a publié et participé à de nombreux ouvrages sur les retraites, les finances et l’économie (Sources : Wikipédia et Paris Dauphine).

De la chance, des rencontres… et du travail

À l’entendre, Florence Legros se définit comme « une grande fille toute simple, qui s’est laissée faire par la vie ». Elle reconnaît avoir eu la chance de faire de belles rencontres tout au long de sa carrière sans pour autant se mettre jamais en avant (ce n’est pas son truc). Elle admet toutefois avoir une grosse capacité de travail et surtout être rapide à réaliser sa mission, à prendre des décisions.
Son secret : ne pas se poser (trop) de questions. Aller à l’essentiel et défendre ses idées quand bien même elles vont à l’encontre des idées reçues, de l’establishment ou d’une administration tatillonne.

Florence LEGROS BDFlorence Legros n’est pas une femme d’ambition… excepté pour les autres

Quand on lui demande quelles sont ses ambitions, Florence Legros affirme n’en avoir aucune pour elle-même. Son moteur est ailleurs : faire progresser et réussir les autres. Les siens d’abord, ses enfants, et ensuite les élèves et les étudiants dont elle a eu la responsabilité en tant que professeur à Dauphine, recteur à Dijon, et désormais les étudiants d'ICN.

Oser faire bouger les lignes

Cette battante ne recule devant aucune difficulté et fait tout pour parvenir à ses fins.
Elle raconte les péripéties, l’opiniâtreté qu’il a fallu déployer pour obtenir la création d’un double diplôme reconnu en France et à l’étranger avec des Universités les mieux cotées de la planète, combattre la lenteur administrative française — qui n’est pas seulement une légende —, et convaincre les Universités de Berkeley, Bocconi, Hong Kong UST, Carnegie-Mellon de l’intérêt de s’associer avec une Université française, Dauphine.
Autre décor, autre combat : lors de sa mission de recteur de l’Académie de Dijon, Florence Legros a réussi à monter une classe préparatoire en trois ans pour les bac pro industriels. Elle a dû déployer une énergie et une ténacité à toute épreuve pour réussir à convaincre au plus haut niveau que défavorisé ne rime pas toujours avec banlieue mais aussi monde rural.
Florence Legros raconte les freins qu’elle a rencontrés pour recruter au niveau national les futures recrues d’excellence, faire construire un internat, aménager une classe préparatoire spécifique aux bac pro
Pari gagné : cette classe préparatoire, unique en France, obtient 100 % de réussite et a vu sortir de ses rangs polytechniciens, centraliens, etc.
Le moteur de Florence Legros : il y a des pépites et de l’intelligence dans tous les milieux et il faut les valoriser.

Une femme de projets

Plus que défi, Florence Legros préfère le terme de projet. Le dernier en date concerne bien entendu lCN Business School. Son ambition est claire : obtenir un classement dans le « Top Ten » des écoles de commerce françaises, rien de moins ! Sa tâche du moment : travailler la stratégie, la communication et le rayonnement de l’école, encore trop régionale.

« Même pas peur »

C’est le surnom que lui a donné l’une de ses amies, professeure à Dauphine et poète, Béatrice Rossi Bouchara. « C’est vrai », reconnaît Florence Legros, femme de conviction avant tout. Elle n’hésite pas à dire non quand le management ne correspond pas à ses valeurs ou quand les dysfonctionnements sont trop criants. « Je ne suis pas violente, mais je ne me laisse pas marcher sur les pieds. À mes dépens parfois. » Comme lorsqu’elle a osé s’opposer à un ministre quand elle assumait la fonction de Recteur d’académie, sur une question de mixité sociale et d’économies pour le contribuable. Son côté rebelle et légèrement « inconscient » (ce sont ses termes) lui a coûté son poste.

Un management respectueux

Ces expériences l’ont conduite à adopter elle-même le management qu’elle a attendu de la part des autres, basé sur le respect mutuel, la courtoisie ainsi que l’écoute, et qui implique, en cas de conflit ou de difficulté, une sortie par le haut. « Cela dit, être patronne présente l’avantage de pouvoir assumer les risques, de prendre des décisions et de faire avancer ses idées beaucoup plus vite », confie-t-elle.

Pas de plafond de verre, mais…

Comme toutes les femmes, Florence Legros a connu et rencontre encore des différences de traitements entre les genres dans le milieu professionnel. « Pour autant, j’ai tendance à penser que les femmes sont au moins en partie responsables de ce que l’on nomme le plafond de verre : elles doutent d’elles-mêmes, attendent qu’on vienne les chercher, quand les hommes, eux, se montrent, usent de tous les moyens pour obtenir et garder le pouvoir. »

Les joueuses d’échec

Florence Legros illustre son propos par une récente expérience scientifique basée sur mille joueuses d’échecs que l’on a fait jouer à l’aveugle entre elles, une première fois en leur disant qu’elles se mesuraient à des femmes, puis une seconde fois contre des hommes (c’était en réalité toujours des adversaires féminines). Lorsqu’elles croyaient être confrontées à des joueurs « sensément » masculins, elles perdaient entre 10 et 20 % de leur capacité. Une expérience à méditer !

Des réseaux… amicaux

Quand on l’interroge sur ses réseaux, Florence Legros sourit : « Oui… j’ai celui de mes amis ! » Fidèle en amitié, elle garde des liens avec ceux qui ont jalonné son chemin. Facebook ou Twitter ne sont pas sa tasse de thé (café, plutôt). C’est son fils cadet qui twitte pour elle et son blog n’est pas des plus actifs. Elle avoue manquer de temps et de choses intéressantes à raconter (sic !). Elle passe sous silence son expertise reconnue et son rayonnement international qui remplacent largement tous les réseaux du monde…

Le troc pour faire entendre sa voix !

Ma question, « comment faites-vous entendre votre voix ? » la fait rire : « Le troc ! » Voilà comment elle explique sa méthode pour se faire entendre dans les médias, avec les amis encore. Au même moment, on l’attend sur France Info, ses articles pour Atlantico seront bientôt postés…

« Dites oui d’abord, réfléchissez après »…

…Aux moyens de faire face aux engagements que vous avez pris, cela aide à progresser et ça stimule ! Pour finir, elle s’adresse aux membres d’EST'elles Executive : « Soyez conscientes de votre valeur. Les femmes sont souvent plus efficaces, car elles doivent jongler avec leur métier de femme, de mère et leur profession. Elles sont plus aptes à prendre des décisions. »

 

Le questionnaire de Proust
de FLORENCE LEGROS DG ICN BUSINESS SCHOOL

Le principal trait de mon caractère ? L’opiniâtreté
La qualité que je préfère chez un homme ? L’intelligence
La qualité que je préfère chez une femme ? Idem
Ce que j'apprécie le plus chez mes amis ? Leur fidélité
Mon principal défaut ? L’anxiété
Mon occupation préférée ? Dormir !
Mon rêve de bonheur ?
Quel serait mon plus grand malheur ? Perdre mes enfants
Ce que je voudrais être ? Géomètre
Le pays où je désirerais vivre ? La France
La couleur que je préfère ? Orange, comme la couleur d'ICN
La fleur que j'aime ? La pivoine
L'oiseau que je préfère ? Le rouge-gorge
Mes auteurs favoris en prose ? Modiano, Tournier, les romans policiers
Mes poètes préférés ? Rimbaud
Mes héros dans la fiction ? Tintin
Mes héroïnes favorites dans la fiction ? Adèle Blanc-Sec
Mes compositeurs préférés ? Janacek
Mes peintres favoris ? Braque
Mes héros dans la vie réelle ?
Mes héroïnes dans l'histoire ? Emilie du Chatelet
Mes noms favoris ?
Ce que je déteste par-dessus tout ? La bêtise
Personnages historiques que je méprise le plus ? Kim Jong-il
Le fait militaire que j'admire le plus ? Aucun
La réforme que j'estime le plus ? La loi Veil sur l’avortement (74)
Le don de la nature que je voudrais avoir ? Jouer de la musique
Comment j'aimerais mourir ? Vite !
État présent de mon esprit ? RAS
Fautes qui m'inspirent le plus d'indulgence ? Celles de jeunesse
Ma devise ? L’EURO !

© Marie TERRIER
Equipe de rédaction d'EST'elles
20 octobre 2015

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